Histoire du Judo

Origine du Judo

Le judo trouve son origine dans les différentes pratiques de Ju-Jitsu. D’après le Bujutsu Ryûsôroku (biographie des fondateurs des écoles des différents arts martiaux), il existait quelques vingt Ryû (écoles) de Ju-Jitsu dont Kitô-Ryû et Tenshin-shin’yô-Ryû particulièrement étudiées par le Professeur Jirogo Kano, fondateur du Judo.

Jigoro Kano

Introduction du Ju-Jitsu

Ces pratiques de combat ont été favorisées par plusieurs facteurs :

Dans le Japon féodal, la distinction des classes sociales étaient rigoureusement suivies. Le port du sabre grand et petit n’était autorisé qu’aux guerriers et non au commun du peuple. Cette classe sociale ne pouvait dès lors qu’apprendre que le combat à mains nues. De plus, lors des conflits, les combattants étaient amenés à faire face à des combats rapprochés au sabre, à la lance, ou à main nue. Cette technique, appelée Kumiuchi, est une des origines du Ju-Jitsu.

Progressivement, l’interdiction s’est imposé aux soldats des différents rangs de se présenter avec le sabre long en présence de hauts personnages. A partir de 1877, l’usage du sabre sera totalement proscrit par décret.

Ainsi la maîtrise  des techniques de défense à main nue appelée Ju-Jitsu va prendre corps à différents niveaux de la société Japonaise de manière successive entre la deuxième moitié du 16e siècle jusqu’au début du 19e siècle.

Le tournant social du 19ème siècle

Le 19e siècle marque un tournant important pour le Japon. Le système féodal trouve sa limite et la nation se tourne vers les pays les plus avancés du monde. L’ordre social se modifie en profondeur et les écoles d’arts martiaux, privés de soutiens financiers, déclinent dangereusement.

Jigoro Kano nait dans ce contexte en 1860 dans la ville de Mikage près de Kobe. A 18 ans, il intègre l’Université Impériale de Tokyo. Conscient de son physique frêle au regard de ses camarades, il décida d’apprendre le Ju-Jitsu. Teinosuke Yagi lui enseigna les rudiments. Ensuite il étudia sous la direction de Hachinosuke Fukuda et de Masamoto Iso de Tenshin-shin’yô Ryû, et enfin sous la direction de Tsunetoshi Iikubo de Kitô-Ryû.

Riche de ces enseignements, il établit alors sa propre école nommé Kodokan en 1882 et commença d’enseigner sa propre méthode appelé Judo : « Ju », souplesse, et, « Do », voie ou principe, souvent traduit par voie de la souplesse. Il poursuivra l’approfondissement de son art en rendant visite aux autres maîtres et en étudiant les vieux Denshos (Archives manuscrites de l’enseignement des secrets par les fondateurs des diverses écoles). Il était alors Professeur à la Faculté de Gakushuîm. Malgré sa jeunesse et sa petite taille, le Kodokan fit de rapides progrès gagnant l’audience du grand public en quelques années. On admirait ses principes et son idéal élevé, néanmoins ses mérites pratiques en combat étaient regardés avec doute et suspicion notamment par le vieux maître du Ju-Jitsu, Hikosuke Totsuka.

Rivalité entre Totsuka et Kodokan

La rivalité entre l’école de Totsuka et le Kodokan devient forte. En 1886, sous l’autorité du chef de la police métropolitaine de Tokyo, un tournoi fut organisé entre les deux écoles. Chacune avait envoyé 15 hommes d’élite. Le Kodokan gagne 13 combats et les 2 autres finissent par une égalité. La suprématie du judo sur les différentes écoles de Ju-Jitsu était établie. Les anecdotes concernant la naissance et le développement du judo Kodokan sont nombreuses et il est impossible de toutes les citer, néanmoins il est important de préciser par celle-ci que le judo, pour une part, s’est construit par la confrontation. Il faut retenir qu’en judo la maîtrise n’est réalité qu’une fois qu’elle a été éprouvée par la compétition.

La pratique du Judo s’est par la suite progressivement complétée en même temps que son approche spirituelle qui touchera son apogée en 1922. Cette année-là, la société culturelle du Kodokan fut fondée et un mouvement social était lancé sous les devises « Seiryoku Zen’yô (le maximum d’efficacité) traduit aujourd’hui par « le meilleur emploi de l’énergie », et, « Jita Kyôei » (prospérité et bienfaits mutuels) traduit aujourd’hui par « entraide et prospérité mutuelle ».

L’internationalisation du Judo

Ensuite le judo va prendre, sous l’impulsion de Jigoro Kano et de ses disciple une dimension internationale. Jigoro Kano devient le premier représentant Japonais du Comité International Olympique, et les premiers championnats de Judo au Japon auront lieu en 1930. En 1935, Mikinosuke Kawashi vient à Paris pour y lancer et structurer le Judo Français. Il impose une méthode codifié adapté à l’esprit occidental. Il adopte le système des ceintures de couleur au sein du Club Franco-Japonais qu’il a créé. Il poursuit son projet après la mort de Kano en 1938. Il fait passer la première ceinture noire à Jean de Herdt le 12 juin 1940. Il revient après le deuxième conflit mondial pour reprendre son enseignement et la rédaction de plusieurs ouvrages. Il décède en 1969.

Son assistant, Shozo Awazu, est un expert mondialement reconnu. Spécialiste du ne-wasa (judo au sol), en katas et en tandoku-renshu (entrainement sans l’aide d’un partenaire), est membre du groupe à l’origine du code morale du Judo. Il a mis toute son énergie au service du développement du Judo moderne Français tant sur l’enseignement et le haut niveau que sur le développement de « l’esprit Judo ». La Fédération Française de Judo par son aide est fière de compter aujourd’hui plus de 550 000 licenciés, de nombreux titres européens, mondiaux, et olympiques.

Sources et Bibliographie

  • TOSHIO Daigobo, MASAKAZU Kamo, MASAO Koyasu, YOSHIZO Matsumoto, TAKASHI Uwaza : Judo Kodokan Illustré, Préface de Risei Kano, Ed. Kodansha, Tokyo, 1955
  • PUJOL Jean, Judo Universel, Ed. Jean Pujol, Nice 1962
  • BROUSSE Michel : Les racines du Judo Français, Préface de Jean-Luc Rougé, Ed. Presse Universitaire de Bordeaux, N°401, 2005
  • AWAZU Shozo : Méthode de Judo au sol, Ed. Publi-Judo, Paris 1963
  • GARDEBIEN Jean-Bernard, Origine, respect ; Société des écrivains, Paris 2005